On retourne à Kona avec Anthony Philippe qui revient sur sa course de samedi dernier où il a pris une très belle 151° place au scratch en 9h26' dans une course où il a du ne rien lâcher (comme à son habitude) malgré les coups du sort.
"Pour ma 8ème participation à Kona, ma préparation a été optimale, avec le beau temps de cette fin d’été et le programme concocté par Stéphane Palazzetti , tout est au top.
Comme pour chaque Ironman, l’avant course est une galère avec ce stress et cette boule au ventre qui s’installe sournoisement.
Le matin de l’Ironman, on y est enfin, tout va mieux. Comme d’habitude, dès l’entrée dans l’eau, les places sont chères et bien avant le coup de canon, il faut déjà se battre de longues minutes pour garder sa place sur la ligne de départ.
BOUM, le coup de canon, et c’est parti pour une course infernale au moins jusqu’au demi tour, soit plus d’1/2 h à essayer de trouver le meilleur compromis entre natation appliquée et … bagarre. Ensuite, sur le retour, j’arrive à trouver ma place et je boucle les 3,8km exactement dans les mêmes temps que les autres années, mais en ayant l’impression d’être bien plus frais.
Transition rapide et c’est parti pour 180km. La 1ère petite boucle dans Kona se passe bien. Tant que l’on n’est pas sorti de la ville, la vraie course n’a pas encore vraiment commencée. Voilà, on y est, on attaque la Queen K Highway, je me sens super bien, je roule sur un gros rythme, en remontant sans cesse, aidé par un étonnant vent favorable. Les sensations sont super bonnes, quel plaisir !
Je remonte, je remonte, je fais gaffe à ne pas rester trop longtemps à gauche pour doubler, en respectant au mieux les règles particulières de cette course. Tout roule pendant un peu plus d’une heure, quand tout à coup, je me fais rejoindre par un vrai peloton d’environ 30 gars !! Je ne pensais pas du tout me faire rejoindre comme ça, vu à l’allure à laquelle je roulais ! Mais avec le vent favorable et la densité de niveau, les regroupements sont inévitables. Ça devient alors vite très compliqué, je m’arrache continuellement pour repasser devant, et surtout éviter un carton, dans ces conditions limites.
Tout à coup, un bruit bizarre au niveau de ma roue arrière. Mince, je m’arrête sur le bord pour m’apercevoir que c’est simplement un morceau de scotch, qui était certainement sur la route, qui est pris dans mes freins. Pas de soucis, je l’enlève et je repars. Je venais de me faire passer par un groupe de 5 ou 6 triathlètes bien callés dans la roue l’un de l’autre… passablement énervé, je repars à bloc, en danseuse, pour tous les repasser. J’entends alors arriver derrière moi la Harley d’un arbitre, pas de soucis, je ne risque rien, je suis en train de doubler.
Et là, je n’en crois pas mes yeux : c’est à moi qu’il tend un carton rouge !!!!
Il m’annonce que j’ai 4’ de pénalité pour drafting !! Mais c’est pas possible ! C’est moi qui suit en train de passer un groupe !! Mais rien à faire, je suis obligé de m’arrêter à la prochaine « penalty box ».
A ce moment là, tout s’écroule pour moi !... Bon ok, ce n’est que 4’, mais on est à Kona, l’objectif de toute une saison, là où tous les entraînements, les sacrifices, devraient se concrétiser… je suis écoeuré. Je n’ai plus la force morale de continuer, je suis alors obsédé par cette injustice et je roule alors vers Hawi, au ralenti. J’essaye de me reprendre, mais c’est vraiment dur. Arrive alors le demi tour, puis la fameuse « penalty box ». Là, arrêté 4’, je vois passer du monde, beaucoup de monde…
Je repars enfin, mais l’envie n’y est plus… J’ai de bonnes jambes, mais c’est le mental qui a des crampes… et ici, le moindre grand de sable dans la mécanique se traduit par des places perdues par dizaines. Je finis le vélo sur un rythme correct, mais toujours obsédé par cette idée d’injustice.
Je rentre à Kona, et j’essaie de me concentrer sur le marathon à venir. Transition, j’en profite pour insulter ( !!?!?!) un autre triathlète qui se change à côté de moi, et qui m’a doublé, il y a quelques minutes, confortablement collé dans la roue d’un autre, vent de face… toujours cette idée de carton qui me poursuit. Allez, stop, il faut penser à autre chose et courir.
Sur Alii Drive, je me sens bien, je cours sur un bon rythme, reprends du monde. En fait, je suis fin énervé et je cours trop vite sans m’en rendre compte ! Tel un junior débutant, je me dis que ces 4’, je vais bien les reprendre et que ça va le faire ! Bilan, les 15 premiers km passent en 59’51’’… n’importe quoi, mais bon….
J’en étais sûr….. la montée de Palani Road devient tout de suite moins agréable ! Puis c’est parti pour la Highway et là… ça commence à tirer… le semi est passé et je commence à me demander si je vais tenir longtemps, je suis dans le dur !!
Ce coup là, il faut que je marche…. Pfffff et dire qu’il y a 1h je faisais le malin à 15 à l’heure !! Là, je fais moins le fier et ce sera comme ça jusque dans « Energy Lab » : une alternance de passages à vide, sans aucune envie d’avancer, puis de passages de « mieux ». Après mon le demi tour à « Energy Lab », je croise mon pote Yann Raymond qui me crie « Allez Anthony, pour ton dernier Kona, tu n’as pas le droit d’avoir des regrets, finis à fond » !
Mais il a complètement raison ! Qu’est ce que je suis con ! Il FAUT que je finisse même à fond, même si à bloc, c’est à 10 à l’heure, je ne dois avoir aucun regret. Donc dès la sortie de «Energy Lab », je me jure de ne plus marcher et d’être au max, quelque soit la situation ! Oh la la , qu’est ce que ça fait mal aux jambes ! Mais qu’est ce que ça fait du bien à la tête ! J’ai toujours ces fluctuations de forme, tantôt à 10km/h, tantôt à 14…
Retour sur Kona, descente de Palani Road à fond, avec les quadris qui hurlent de douleur, mais tant pis pour eux. Puis, enfin, je tourne à droite, pour la dernière ligne droite avant la Finish Line.
Là, c’est vraiment la grosse foule, le délire, puis la Finish Line, une petite révérence pour ma dernière participation et voilà, c’est fini… déjà !........ enfin
Quel bilan tirer de cette course ? Le fait que sur ce genre d’épreuve, tout peut arriver, même le plus improbable…. Mais bon, c’est comme ça, je me pensais fort dans la tête, mais jamais je ne m’étais préparé à lutter contre une injustice…
Mon dernier Kona aura donc un goût amer, mais au moins, ici, j’aurai tout connu.
Mais ce qui compte, c’est qu’au final, restera gravé en moi, l’euphorie la plus totale de plusieurs éditions magiques !"
Était ce son dernier IRONMAN d'Hawaii à notre Vétéran ? Les BMT boys espèrent bien que NON !